Montfort : une qualité de vie à penser et à préserver…

Par Philippe Chuyen

En 40 ans, j’ai vu le village de mon enfance se transformer considérablement. Même si cela me rend parfois nostalgique, je me dis que c’est dans l’ordre des choses puisque le reste du monde a, lui aussi, beaucoup changé. Pour autant, les bouleversements planétaires dont nous sommes les spectateurs impuissants ne doivent pas nous faire oublier que nous pouvons agir, ici, à l’échelle locale. Car là est tout l’enjeu d’une élection municipale.

Aujourd’hui, les réalités montfortaises sont à mettre en relation avec une réalité plus large : celle de l’Agglomération de la Provence Verte et des 27 autres communes qui la composent. Qu’il s’agisse de gestion des déchets, de la distribution de l’eau, des transports, de voirie, d’urbanisme, de culture, nous devons agir en tenant compte de « l’agglo ». Contrainte ?… Certains pourraient le penser. Je préfère, pour ma part, la voir comme une opportunité qui s’offre à nous, permettant d’envisager des projets qui, sans elle, seraient inatteignables. Tout comme le Département, la Région, l’État voire l’Europe qui sont aussi des partenaires sur lesquels une commune telle que la nôtre doit pouvoir s’appuyer.

C’est la raison pour laquelle face aux défis en matière de développement, d’éducation, de logement, il est important de définir nos priorités, nos spécificités montfortaises, afin de penser un projet réaliste pour mieux le porter et le défendre auprès des partenaires institutionnels.

Dans les mois à venir, avec les femmes et les hommes qui m’ont fait confiance et que j’ai eu l’honneur de réunir, nous vous présenterons ce projet, dans une démarche portée par l’ambition de poursuivre le travail engagé par celles et ceux qui, avant nous, ont su penser l’avenir du village.

Les lignes qui suivent s’attachent donc à rappeler d’où l’on vient, pour tenter de tracer où l’on va.

Une évolution démographique sans précédent…

Montfort a connu un boom démographique à partir du milieu des années 80, nous n’avons jamais été aussi nombreux depuis que la statistique mesure l’évolution de la population, c’est-à-dire depuis la Révolution française. À partir de la fin de la 2e guerre mondiale, le village, qui depuis le 19e siècle avait achevé ses différents exodes ruraux, a stagné autour des 500 habitants jusqu’au milieu des années 80. Mais à partir de cette date, la population a triplé en moins de 40 ans. Nous sommes près de 1 500 habitants aujourd’hui, selon les chiffres du dernier recensement de 2022.

Un renouvellement en profondeur de la population…

On peut expliquer cela par le besoin d’acquérir sa maison avec jardin, la disponibilité de foncier à un coût abordable sur la commune mais aussi par des moyens de transport qui n’ont cessé de se moderniser et les routes de s’améliorer (pensons notamment à la pénétrante Cuers-Brignoles mis en service au début de années 90). L’arrivée du TGV sur Aix-en-Provence et Marseille en 2001 et l’explosion du trafic aérien sur les aéroports de Nice et Marignane ont aussi beaucoup contribué à développer la région, notamment sur le plan touristique.

Ces facteurs ont favorisé l’installation d’une nouvelle population, beaucoup plus mobile, beaucoup plus jeune. Le salarié ou le petit propriétaire agricole vivant au village, qui constituait le gros de la population active, a cédé la place aux salariés du secteur tertiaire ou de la fonction publique vivants en périphérie, voire éloignés du centre ancien.

Une économie du déplacement qui a transformé le village…

À Montfort, 560 personnes ont un emploi (sources INSEE) mais le gisement de la zone n’est de seulement 214 emplois. 346 personnes, au moins, se déplacent donc chaque jour pour se rendre à leur travail. Cela correspond à une concentration de l’emploi de 38% sur la zone du village. Elle était de près de 50% en 2011 : les Montfortais et Montfortaises se déplacent donc toujours plus pour aller travailler. Et si le bassin d’emploi de Brignoles est souvent la destination principale, certains font aussi jusqu’à une heure de trajet chaque jour pour rejoindre Toulon, Aix-en-Provence, Draguignan…

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Auto, boulot, dodo ?

Ce mode de vie, qui s’est peu à peu installé, a modifié en profondeur les rapports sociaux et introduit l’individualisme contemporain, une caractéristique plutôt urbaine, au cœur des campagnes. L’auto, boulot, dodo pourrait être une description péjorative de notre village si les actions culturelles et associatives, le commerce local, les différentes fêtes : toutes les occasions, en somme, pour se rassembler et se croiser au village ne contrebalançaient pas cette tendance… Si tant est qu’elles soient suffisantes.

Mais un modèle qui a sauvé le développement du village !

Néanmoins, toute communauté humaine, ne peut se développer sans apport et renouvellement de sa population (surtout lorsque les jeunes qui y grandissent vont en général faire leur vie ailleurs, dans les métropoles ou à l’étranger). Les nouveaux arrivants sont un facteur d’enrichissement mutuel, de développement. À Montfort, particulièrement ils ont été un bienfait. Qui aurait pu imaginer, en effet, au début des années 80, qu’une école communale qui devait fermer ses portes par manque d’élève soit remplacée en 2014 par un nouvel établissement qui en accueillerait plus de 120. Élus et fonctionnaires qui ont dirigé la commune ont bien dû s’adapter et répondre aux nouvelles demandes.

Alors on continue ?…

Cette économie du déplacement et de la disponibilité de terrain à bâtir ne va pourtant pas sans inconvénient, ni revers de médaille.

Si la tendance que nous avons connue se poursuit à l’avenir, les défis à relever se situeront inévitablement autour de ces questions : foncier pour le logement, espace pour les parkings (jamais assez grands), augmentation du trafic routier avec ses corollaires : accidentologie, pollution, bruit (pour donner un ordre idée 17 000 voitures passent chaque jour sur la déviation du Val). Devant un afflux et un renouvellement constant de population, des défis plus culturels comme la question du « qui intègre qui ? », que pose très justement le sociologue Jean Viard seront également à surveiller.

Aujourd’hui et pour les années qui viennent, le maintien de ce développement et donc de l’équilibre entre croissance de la population et qualité de vie constituera le cœur de nos préoccupations. Le schéma de cohérence territoriale (SCOT Provence Verte Verdon) établi en 2020, ne dit pas autre chose.

Une économie villageoise peu prospère…

Car en effet un territoire dont l’économie et la vie sociale sont conditionnées, à ce point, par le déplacement individuel (notons ici la faiblesse des transports collectifs) et donc par les prix toujours plus élevés de l’énergie, et de l’acquisition d’un véhicule en bon état ; ce territoire doit-il croitre toujours plus et donc se rendre toujours plus dépendant et vulnérable ? Ce constat en forme de question devient problématique lorsqu’on s’aperçoit que ce mode de vie ne va pas de pair avec un accroissement de la richesse des ménages, puisqu’à Montfort 61% des foyers ne sont pas imposables (contre 54% pour l’ensemble du pays) et que le revenu moyen annuel est inférieur à la moyenne nationale : 25 000 € à Montfort (30 000 € pour le pays).

Et des défis en nombre…

Dans le même temps, l’avenir qui se dessine, et que beaucoup d’études décrivent, font peser d’autres contraintes sur ce modèle de développement : la ressource en eau qui pourrait s’amenuiser, des risques incendie accrus du fait des sècheresses et des canicules à répétition, ou encore de nécessaires adaptations qui poussent à réduire l’artificialisation des sols pour lutter contre le ruissellement, lors d’épisodes orageux toujours plus intenses.

La question agricole, aussi, doit être au cœur des réflexions d’une action communale. Même si les réponses appartiennent surtout à un secteur privé, très structuré et géré par la profession à travers la coopération viticole notamment, une commune dont la superficie est constituée de près de 70% de terres agricoles se doit d’envisager, en soutien et en collaboration avec ses paysans, le devenir de sa ressource principale.

Vers la création de nouvelles activités localement ?

Dans un contexte d’incertitude sur l’approvisionnement d’un marché où la majeure partie des productions agricoles sont mondialisées, étudier et mettre en œuvre des pistes pour participer à un plan régional alimentaire afin de produire nos aliments, voire de les transformer sur le territoire est, par exemple, une mission qu’une commune telle que la nôtre doit pouvoir raisonnablement envisager. Proposer des produits frais et de qualité, pour les repas de la cantine scolaire, mais aussi en direction de la population, seraient une option qui pourrait attirer de jeunes apprentis agriculteurs ou porteurs de projet, et dans le même temps générer de l’emploi localement.

Des projets comme le Marché d’Intérêt Local (MIL) que développe conjointement le lycée agricole de Saint-Maximin et la commune du Val, qui doit voir le jour d’ici 2 ans, et qui aura pour mission de collecter l’ensemble des productions vivrières du territoire pour en faire des repas pour la restauration collective, va dans le sens de la relocalisation des productions. L’émergence de cet équipement, que nous surveillons de près, pourrait en effet doper à Montfort l’apparition de nouvelles filières.

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La cohésion sociale et la sécurité au cœur de nos préoccupations…

Favoriser le lien entre les générations est un facteur de cohésion de la population. La présence d’un tissu associatif ouvert et dynamique fortement intégratif pour les nouveaux arrivants, peut aller également dans le sens du dialogue et d’un pacte social villageois renouvelé. Tenter de maintenir le lien avec nos jeunes à travers des activités qui puissent les mobiliser et les faire bien grandir : les arts, la culture, le sport, sont aussi des pistes que nous pourrions amplifier ; tout comme le lien qu’il faudrait garder avec eux dans la prévention et la lutte contre les addictions. D’autre part, l’isolement des personnes âgées que l’allongement de la durée de la vie va, inévitablement, faire croitre en nombre doit être anticipé et pris en compte.

Des projets spécifiques adaptés à nos enjeux…

C’est pour toutes ces raisons que nous avons choisi de mettre en avant deux projets qui pourraient répondre à ces défis : la création d’une maison des générations par la réhabilitation de l’ancienne école, qui accueillerait dans un même complexe d’habitation, des séniors isolés, des jeunes adultes et une micro crèche ; ainsi que la création d’une maison des associations, centre névralgique de toutes les associations du village et siège d’un nouveau comité des fêtes dans une des remises de l’Ilot Varjiu.

Mais aussi d’autres axes de développement…

L’attractivité d’un village tel que Montfort ne peut se développer dans le champ d’un tourisme de masse. Celui qu’il faudrait développer à Montfort pourrait viser l’excellence, par le caractère impeccable et professionnel de ses logements de tourisme mais aussi par la qualité de ses propositions culturelles ou patrimoniales. Nos regards se tournent bien entendu vers notre château, sa vieille ville et ses collines environnantes qui pourraient être les fers de lance d’une offre touristique et culturelle nouvelle.

La question du développement économique et l’augmentation de l’emploi au village, présents au cœur de notre programme, découlent bien entendu de tous les points énoncés ci-dessus : une cité qui suscite de l’attractivité, créé du lien et de l’activité, met à disposition des locaux, des espaces, créé un environnement favorable et apaisé va nécessairement attirer des commerces, des entreprises et donc des emplois

Dans un monde qui change, tous les espoirs sont permis…

Notre monde vit, sans doute, une rupture dans l’histoire de l’humanité telle que l’ont connu nos ancêtres de la Renaissance, avec l’imprimerie et l’irruption de la science, ou encore ceux de la révolution industrielle avec l’arrivée des machines. Cette rupture se situe dans la conscience nouvelle que nous avons de la finitude du vivant dont nous faisons partie, mais aussi dans l’avènement du numérique et de l’intelligence artificielle qui bouleversent notre rapport au monde et aux autres.

Ce bouleversement est l’occasion, je pense, d’inventer d’autres organisations, de nouvelles façons de travailler, moins dépendantes, plus locales, plus solidaires. L’entité communale avec ses possibilités de créer, sur place, une dynamique et une vie meilleure doit être au centre, je crois, de ce changement de société.

Je serai à vos côtés.

Notre village a de multiples atouts sur le plan environnemental, patrimonial, culturel, sociétal… Il nous appartient de préserver ces caractéristiques, de les faire progresser. Cela doit se faire par du travail, des idées, du dialogue qui doivent nous mettre en mouvement. Ce mouvement, cet espoir en l’avenir c’est ce que je m’emploierai à toujours susciter, dans mon action pour Montfort, à vos côtés et à ma juste mesure.